Préambule
1 - Les problèmes de dos sont forcément des problèmes de colonne vertébrale ?
2 - Les muscles sont des haubans qui maintiennent la colonne en position droite ?
3 - Nous abîmons notre dos par nos mauvaises attitudes ?
4 - Si j'ai mal au dos , c'est que je ne fais pas assez de sport ?
La personne qui souffre de problèmes de dos ne sait pas, quand elle consulte pour la première fois, quel chemin tortueux elle risque de rencontrer, pavé parfois de méconnaissance, d'erreurs d'appréciation, d'inepties ou carrément de malhonnêteté intellectuelle...
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Au pays du traitement du dos, il existe en effet des monstres séculaires toujours prêts à ressortir pour assaillir le candidat au soin, qui devra faire preuve de courage, de persévérance, de lucidité et d'un solide bon sens s'il veut avoir une chance correcte de s'en sortir... |
Les principales épreuves à surmonter tiennent d'abord aux idées fausses qui soustendent le discours et donc la pratique thérapeutique, ce qui aboutit ensuite à une incohérence dans les différentes phases d'un traitement, pour arriver malheureusement parfois à une attitude malhonnête parcequ' accusatrice vis à vis de la personne qui souffre.
1- Les problèmes de dos sont forcément des problèmes de colonne vertébrale. Faux.
En effet, pendant des années, le seul examen qui pouvait permettre d'objectiver des douleurs de dos était la radiographie. Si celle-ci s'avère être effectivement précieuse pour juger de l'état osseux de notre dos, elle ne peut malheureusement rendre compte des dysfonctionnements de notre système musculaire puisque celui-ci est invisible à la radio. L'habitude est alors venue de juger les douleurs décrites d'après les observations radiologiques: si " il y a quelque chose à la radio", arthrose, "tassement discal", etc... c'est à cause de cela que vous avez mal. Si "il n'y a rien à la radio", vos douleurs deviennent alors éminemment suspectes, et vous avec.
En fait, on est parfois surpris de voir à quel point il existe un décalage entre les troubles objectivables à la radio et les douleurs évoquées: au cours d'examen de routine, on découvre parfois une colonne en mauvais état osseux sans que la personne concernée ne se plaigne particulièrement. A contrario, les clichés pris en cas de douleurs très intenses ne révèlent parfois rien de bien particulier...
La réalité tient au fait que les os ne sont pour rien dans les douleurs ressenties, mais que celles-ci sont le fait de tensions musculaires trop importantes auxquelles l'organisme n'arrive pas à s'adapter. Le système articulaire vertébral est alors effectivement soumis à des contraintes qui vont provoquer son usure prématurée si elles durent, mais il faudra beaucoup de temps pour que cette usure se voit radiologiquement. La dégradation de la colonne sur le plan osseux est donc, au même titre que la douleur ressentie, une conséquence d'un problème qui existe déjà, et sûrement pas la cause.
2 - Les muscles sont des haubans qui maintiennent la colonne en position droite. Faux.
Il
s'agit là d'une approximation grossière et de l'exemple type d'une analogie
fantaisiste qui débouche sur une croyance inexacte prônant de ce fait une
attitude thérapeutique dangereuse.
L'énoncé de cette idée est celui-ci : Les nombreux muscles qui soutiennent la
colonne sont comparables aux haubans qui soutiennent le mât d'un bateau. Ainsi,
comme les haubans pour un mât, ils maintiennent par leur force la colonne en
position droite. Il convient donc de les renforcer en permanence pour se tenir
bien droit.
Si l'on peut à peu près admettre que les muscles sont disposés comme des haubans, l'erreur fondamentale est d'assimiler la colonne vertébrale à un mât de bateau. En effet un mât est rigide, et c'est cette rigidité qui lui permet de par sa structure de résister aux efforts considérables de compression qui s'exercent sur lui. A tel point que les bateaux sont spécialement conçus pour résister à ces forces qui auraient tendance à enfoncer le mât dans le pont du bateau. Mais si vous sectionnez le mât en 20 morceaux , sauvez vous vite ! Il est même à parier qu'il vous tombera dessus au premier coup de scie...
La colonne, effectivement, n'a rien à voir avec un mât parce qu'elle est articulée. Elle réagit donc à des forces qui la compriment par une déformation, dans un plan ou dans un autre, et l'on voit apparaître ses courbures qu'on appelle lordose, cyphose, ou scoliose suivant les plans de l'espace dans lequel elles s'inscrivent.
Augmenter la traction des muscles dorsaux revient donc à tasser encore plus la colonne sur elle même et à augmenter ses courbures, voire à en créer de nouvelles.
Il n'existe aucun muscle dorsal qui puisse nous redresser, parce qu'aucun muscle ne peut activement éloigner ses points d'insertion, c'est à dire s'allonger. La seule façon d'être déplié au maximum, c'est d'avoir des muscles toniques devant ( abdominaux surtout ), à condition que les muscles de derrière se laissent allonger, ce qui nous montre qu'il est bien nécessaire de les relâcher au maximum, et non pas de les muscler.
C'est d'ailleurs la raison essentielle qui fait que les sportifs de haut niveau, pourtant médicalement archi-suivis, ont tant de problèmes de dos. Si la puissance musculaire était garante de santé, ils seraient les exemples même de non-douleur. Ce qui malheureusement pour eux est très loin d'être le cas...
3 - Nous abîmons notre dos par nos mauvaises attitudes. Faux.
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Cette
croyance est fortement ancrée chez les gens qui souffrent ( "je sais bien
que je me tiens mal") , et par les parents des adolescents "qui ne se
tiennent pas bien" ; ce n'est pourtant pas faute de leur asséner à
longueur de journée des "tiens toi bien" u des "redresse
toi" qui paraissent n'avoir un effet positif que de quelques minutes dans
le meilleur des cas...
La
"mauvaise position" n'est pas responsable de nos douleurs. Elle n'est
que le reflet, donc la conséquence, d'un problème qui existe déjà. C'est en
fait une tentative du corps pour trouver une attitude de confort relatif qui empêchera
la douleur, ou tout au moins qui l'atténuera. Il est bien évident que si le
jeune qui se "vautre" sur la table était plus confortablement installé
en restant bien droit, il n'y aurait pas besoin de le prier pour qu'il se
redresse !
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Alors parents, arrêtez de grâce de dire à vos enfants de se tenir mieux. Quand vous dites "redresse toi" ils entendent "tu es moche", ce qui ne va guère aider à trouver une confiance en eux qu'il est très difficile à avoir à cet âge. Préférez de beaucoup leur dire : "Je remarque depuis un moment que tu recherches souvent à t'appuyer quand tu es assis et que tu parais avoir du mal à rester debout. Veux-tu consulter pour voir s'il y a moyen de t'aider ?" En dehors d'être moins culpabilisante, cette attitude d'écoute préférée à celle d'accusation sera beaucoup plus efficace, c'est certain.
4 - Si j'ai mal au dos , c'est que je ne fais pas assez de sport. Faux.
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C'est presque iconoclaste de dire ceci dans une époque où le sport est mythifié à ce point. C'est pourtant vrai : le sport n'a aucune chance de régler un problème de dos qui existe déjà. |
Entendons nous : Il n'est pas question ici de vous dire de ne pas faire de sport. Le sport comporte tout un tas d'avantages évidents : outre les effets bénéfiques sur les fonctions cardio-respiratoires, le fait d'apprendre à se surpasser, de mettre en oeuvre avec des co-équipiers une stratégie pour arriver à un but commun, d'augmenter ses performances et ses acquisitions gestuelles, etc... tout cela est bien réel et doit nous conduire à encourager la pratique sportive. Mais...
Mais tous ces avantages se payent par quelques inconvénients ( ce serait trop beau...) : Au 1er rang de ceux-ci figure l'augmentation importante de la charge de travail du système ostéo-musculaire, et ce n'est pas sans risque. Si vos muscles sont déjà tendus au point de provoquer des douleurs, le sport, musclant par excellence, ne pourra qu'accentuer ces tensions. Les sportifs qui souffrent du dos n'ont souvent pas conscience du tout du rôle premier qu'a leur sport préféré dans leurs douleurs. Car ils n'ont pratiquement jamais mal pendant l'exercice sportif , mais le plus souvent entre les séances d'effort. Ce qui leur donne à penser qu'ils doivent encore plus forcer puisque les seuls moments où ils n'ont pas mal sont justement ceux où ils forcent. Ceci est dû au fait trompeur que les muscles chauds retrouvent un semblant d'élasticité, ce qui supprime les douleurs, qui disparaît dès que les muscles se refroidissent, ce qui les fait réapparaître, et encore plus fort qu'avant. Car la vraie élasticité musculaire, celle qui est garante d'une non-douleur, c'est celle qui se juge à froid, sur un muscle qui accepte de se laisser allonger sans résistance anormale et sans qu'il soit besoin de le préparer spécialement à cet effet.
En résumé : le sport c'est formidable, mais ce n'est pas une thérapie. Si vous avez mal au dos, soignez vous d'abord, vous pourrez faire ensuite tout le sport qui vous plaira.
A suivre...