En 1947, Françoise Mézières, enseignante d'Anatomie et de Gymnastique Médicale dans une des toutes premières écoles de ce nouveau métier qu'était alors la Masso-Kinésithérapie, observe un phénomène étonnant car non explicable par les théories du moment : en cherchant à atténuer par tous les moyens connus jusque là une importante cyphose dorsale ( «dos rond» ), elle n'arriva qu'à créer des lordoses ( «dos creux» ) compensatrices qui se relayaient les unes les autres en fonction des exercices demandés.

En d'autres termes, comment cette patiente de 40 ans qui souffrait d'un dos trop voûté, pouvait en fonction des positions prises pour la corriger ne montrer plus que des lordoses, très enraidies de surcroît ?
La théorie jusque là en vogue, expliquait que les dos sont voûtés quand ils sont trop faibles. Mais quand on allongeait cette patiente au sol, seules la tête, la pointe des omoplates et le bassin était en contact avec le sol, le reste du corps étant soulevé avec force du sol aux niveaux cervical, lombaire et derrière les genoux. De plus toute tentative de réduction de ces courbures inattendues provoquait une douleur aiguë en même temps qu'une augmentation des autres courbures. Comme si la courbure contrée se déplaçait le long de la colonne pour aller se nicher à d'autres endroits ou elle pouvait se développer...

Esprit scientifique s'il en était, Françoise Mézières constata que ce phénomène, loin d'être exceptionnel, était au contraire constant. Un phénomène constant qui contredisait à l'évidence la théorie classique, cela prouvait donc que la théorie en question devait être considérée comme caduque.
Françoise Mézières étudia alors avec grande acuité les raisons de ce phénomène constaté, et échafaudera une nouvelle théorie basée sur l'anatomie et la mécanique qui rend parfaitement compte de ces constatations. Les bases de ce qui sera dorénavant la Méthode Mézières sont jetées.

Cette méthode, peaufinée de jour en jour par son auteur jusqu'aux derniers instants de sa vie, a fait l'objet de quelques ouvrages. Le premier, «révolution en gymnastique orthopédique», est sorti en 1949 dans l'indifférence quasi-générale, à la surprise d'ailleurs de son auteur, tant le concept et la méthode de soins qu'il sous-tendait était novateurs.
50 ans plus tard, ils le sont toujours autant, les approximations et les erreurs grossières d'interprétation pouvant avoir la vie dure par le confort intellectuel de la non remise en cause qu'elles procurent.
Pourtant les différentes lois dégagées par Françoise Mézières sont limpides, même si parfois leur énoncé peut paraître provocateur. C'est le cas de l'affirmation : «Tout n'est que lordose » .Que n'a t' on pas écrit contre cet énoncé, en vilipendant son apparent côté simpliste ! C'est mal connaître Mlle Mézières que de pouvoir imaginer qu'elle ait pu lancer une telle affirmation sans l'avoir rigoureusement vérifié auparavant !

La colonne vertébrale est en effet recouverte de «très nombreux et très puissants» muscles, qui se comportent comme un seul : chaque raccourcissement d'un des éléments de cette «grande chaîne postérieure», entraîne le raccourcissement de l'ensemble de la chaîne, poussant dès lors la colonne en avant, en la cambrant. C'est l'accentuation des lordoses cervicales et lombaires, la cyphose dorsale intermédiaire n'étant que la jonction des deux lordoses sus et sous-jacentes.

A suivre...